Rédaction des actes juridiques en Côte d'Ivoire : Les 3 piliers indispensables - Ivoire-Juriste
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Rédaction des actes juridiques en Côte d'Ivoire : Les 3 piliers indispensables
Rédaction des actes juridiques en Côte d'Ivoire : Les 3 piliers indispensables

Saviez-vous qu'une simple erreur de mention manuscrite peut rendre votre reconnaissance de dette nulle devant les tribunaux ivoiriens ? Vérifiez vos acquis avec notre dernier article.

Contrats en Côte d'Ivoire : 3 règles d'or pour éviter le tribunal

La rédaction d'un acte juridique est un exercice de précision qui ne tolère pas l'improvisation. Qu'il s'agisse d'un contrat commercial, de statuts de société ou d'un protocole transactionnel, l'acte est la "loi des parties".

Un acte juridique est une manifestation de volonté destinée à produire des effets de droit (création, modification, transmission ou extinction de droits). Le Code Civil ivoirien définit le contrat comme « une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s'obligent, envers une ou plusieurs autres, à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose ».

Voici les trois notions indispensables pour sécuriser vos écrits juridiques.

1. La qualification juridique : Déterminer la nature exacte de l'acte

Avant de rédiger, le juriste doit qualifier l'opération. Donner le bon nom à l'acte détermine tout le régime juridique qui suivra.

Distinction entre les types d'actes

Il ne suffit pas de titrer un document "Contrat". Il faut identifier sa nature :

- Le Contrat Synallagmatique : Lorsque les parties s'obligent réciproquement les unes envers les autres (ex: Vente, Bail).

- L'Acte Unilatéral : Lorsqu'une personne s'oblige envers une autre sans engagement de cette dernière (ex: reconnaissance de dette).

- La Transaction : Souvent confondue avec un simple accord, la transaction a une définition précise. Selon l'article 2044 du Code Civil, c'est « un contrat par lequel les parties terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître ». Elle doit obligatoirement être rédigée par écrit et a, entre les parties, l'autorité de la chose jugée.

La forme de l'acte

La qualification impose aussi la forme. L'acte sera-t-il :

- Sous seing privé : Rédigé par les parties elles-mêmes. Il n'a de date certaine contre les tiers que du jour où il a été enregistré.

- Authentique : Reçu par un officier public (notaire). Par exemple, les statuts d'une société peuvent être notariés ou sous seing privé, mais doivent être déposés avec reconnaissance d'écritures.

2. La maîtrise de la réglementation applicable

Une fois l'acte qualifié, le rédacteur doit identifier les règles impératives (auxquelles on ne peut déroger) et les règles supplétives.

Les conditions de validité (Le socle du Code Civil)

Pour que tout acte soit valide en Côte d'Ivoire, quatre conditions essentielles doivent être respectées:

1. Le consentement de la partie qui s'oblige (exempt d'erreur, de violence ou de dol).

2. La capacité de contracter (être majeur et non incapable).

3. Un objet certain qui forme la matière de l'engagement (ce sur quoi porte le contrat).

4. Une cause licite (la raison de l'engagement ne doit pas être contraire à l'ordre public ou aux bonnes mœurs).

Les règles spécifiques (OHADA et Procédure)

Selon le domaine, des textes spéciaux s'appliquent :

- En matière commerciale (Vente) : Si vous rédigez un contrat de vente de marchandises entre commerçants, il est régi par le Livre 8 de l'Acte Uniforme portant Droit Commercial Général. Le contrat peut être écrit ou verbal et se prouve par tous moyens.

- En matière de Sociétés : Pour rédiger des statuts, l'article 13 de l'Acte Uniforme relatif aux Sociétés Commerciales impose une liste stricte de mentions obligatoires (forme, dénomination, siège, capital, identité des apporteurs, etc.).

- En matière procédurale : Si vous rédigez un acte d'huissier (exploit), l'article 246 du Code de Procédure Civile impose des mentions obligatoires (date, identité du requérant, nom de l'huissier, objet, coût, etc.) sous peine de nullité.

3. La rigueur rédactionnelle : Clarté et Formalisme

Le style juridique n'est pas qu'une question d'esthétique, c'est une question de sécurité. Un contrat mal rédigé sera interprété par le juge, parfois contre l'intention initiale des parties.

Précision du langage

Les conventions doivent être exécutées de bonne foi. Cependant, dans les contrats, on doit rechercher « la commune intention des parties contractantes, plutôt que de s'arrêter au sens littéral des termes ».

Conseil : Soyez explicite. Si une clause est ambiguë, elle s'interprète contre celui qui a stipulé et en faveur de celui qui a contracté l'obligation.

Le formalisme de la preuve

La rédaction doit anticiper la preuve en cas de litige :

- La règle du "Bon pour" : Pour un engagement unilatéral de payer une somme (reconnaissance de dette), l'acte doit comporter la signature et la mention manuscrite (par exemple "Bon pour...") de la somme en toutes lettres.

- Les originaux multiples : Les contrats synallagmatiques (ex: vente, bail) ne sont valables que s'ils sont faits en autant d'originaux qu'il y a de parties ayant un intérêt distinct.

- L'ère du numérique : En droit commercial OHADA, les actes peuvent désormais être électroniques. L'usage d'une signature électronique qualifiée garantit l'intégrité du document.

Exemple pratique : Le transport

Si vous rédigez un contrat de transport, au-delà du Code Civil, vous devez vérifier si le transporteur est un commerçant (soumis à l'Acte Uniforme) et prévoir les risques spécifiques comme la perte ou l'avarie, sachant que le voiturier est responsable sauf cas de force majeure.

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